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Urbanisme & littoral

Éolien en mer de Bretagne Sud : le tracé souterrain à Ploemel, entre boisements, zones humides et patrimoine

CPCorentin Poilbout·14 août 2026·≈ 4 min de lecture

Commune de passage du raccordement entre l'atterrage d'Erdeven et le poste de Pluvigner, Ploemel voit son territoire concerné par un ouvrage souterrain qui touche à ses espaces boisés, à ses zones humides, à son bocage et à l'environnement d'un bien inscrit à l'UNESCO : autant de raisons d'être pleinement associée à la décision.

Un raccordement qui traverse Ploemel

RTE porte un projet de raccordement électrique destiné à évacuer vers le réseau national la production des parcs éoliens flottants de Bretagne Sud, soit environ 750 mégawatts : le parc Pennavel, d'environ 250 MW, et un second parc d'environ 500 MW attribué dans le cadre de l'appel d'offres AO10. L'infrastructure comprend un poste en mer, trois liaisons d'abord sous-marines puis souterraines à 225 000 volts, un atterrage à Kerhillio, sur la commune d'Erdeven, et un poste de raccordement à terre à Pluvigner. Entre ce point d'atterrage et ce poste, le tracé souterrain traverse plusieurs communes du Pays d'Auray, dont Ploemel.

Cette qualité de commune de passage mérite d'être soulignée d'emblée : elle place Ploemel non pas à la marge, mais au cœur de la réalisation concrète de l'ouvrage. Nul ne conteste que l'éolien en mer participe à la transition énergétique et à la sécurité de l'approvisionnement électrique. Mais un projet d'intérêt national se réalise sur des territoires bien réels, et il revient à chaque commune traversée de veiller à ce que ses espaces naturels, son cadre de vie et son patrimoine soient préservés autant que possible. C'est le sens même d'une participation constructive à la décision.

Ce qui est concrètement en jeu

Le secteur de Lann Er Grannec cristallise plusieurs de ces enjeux. Le franchissement d'obstacles y est envisagé par forage dirigé, technique qui permet de faire passer les câbles en sous-sol sans tranchée ouverte sur toute la longueur : elle limite l'emprise de surface, mais suppose des installations de chantier, des puits d'entrée et de sortie et une intervention dans des sols dont la sensibilité doit être appréciée. À ce titre, un diagnostic archéologique est attendu. Le sous-sol du Pays d'Auray est d'une richesse reconnue, et la prescription d'un tel diagnostic par les services de l'État constitue la garantie que d'éventuels vestiges seront identifiés, étudiés et, le cas échéant, protégés avant tout travaux.

À cela s'ajoutent les enjeux qui touchent directement aux espaces naturels de la commune. Le passage du tracé peut impliquer le déclassement d'espaces boisés classés, la traversée de zones humides et des atteintes au bocage — ce maillage de haies, de talus et de petits boisements qui structure le paysage rural, retient l'eau, abrite la biodiversité et fait l'identité de la commune. Le déclassement d'un espace boisé classé n'est jamais anodin : il suppose de modifier le document d'urbanisme et fait tomber une protection forte. Les zones humides, quant à elles, jouent un rôle essentiel dans le cycle de l'eau et la prévention des inondations, et toute atteinte y est strictement encadrée. Enfin, le tracé s'inscrit dans l'environnement d'un bien exceptionnel : les « Sites mégalithiques de Carnac et des rives du Morbihan », inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO le 12 juillet 2025. La vigilance patrimoniale ne se limite donc pas aux vues sur la mer ; elle concerne aussi les abords terrestres et les sols de l'ensemble du secteur.

Les leviers juridiques

Le cadre juridique offre à la commune plusieurs points d'appui solides. En matière de patrimoine mondial, l'article L. 612-1 du code du patrimoine impose de prendre en compte la valeur universelle exceptionnelle du bien, y compris dans sa zone tampon ; le Conseil d'État a jugé, le 18 avril 2025 (n° 492211), que cette prise en compte s'impose de plein droit. Cet impératif irrigue l'appréciation de tout projet situé dans l'environnement du bien.

La protection des espaces boisés classés et celle des zones humides constituent un deuxième appui. Tout déclassement, tout défrichement et toute atteinte à une zone humide doivent être justifiés, proportionnés et s'inscrire dans la séquence « éviter, réduire, compenser » : la première exigence est d'éviter l'atteinte, la compensation n'intervenant qu'en dernier ressort. Le tracé retenu, la profondeur d'enfouissement et les techniques de franchissement doivent être interrogés à cette aune. La présence de zones humides et de bocage soulève par ailleurs la question des espèces protégées : la dérogation prévue à l'article L. 411-2 du code de l'environnement n'est délivrée qu'au terme d'un triple test exigeant, étant observé que la présomption de raison impérative d'intérêt public majeur instaurée à l'article L. 211-2-1 du code de l'énergie n'a pas été étendue à l'éolien en mer.

Ces exigences prennent un relief particulier au regard de l'avis de l'Autorité environnementale n° 2025-124 du 18 décembre 2025, qui a jugé l'étude d'impact « partielle ». Une commune traversée est pleinement fondée à demander que les incidences locales — boisements, zones humides, sols, archéologie — soient précisément documentées avant toute décision.

Cet article est publié à titre d'information générale et ne constitue pas une consultation juridique.

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Corentin Poilbout, avocat associé
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Corentin Poilbout

Pénal des affaires publiques et probité. Élu local depuis 2014, il défend élus, agents et collectivités face au risque pénal.

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