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Urbanisme & littoral

Recul du trait de côte : la consignation qui protège le budget communal est enfin opérationnelle

LBLaurent Bouilland·21 juillet 2026·≈ 5 min de lecture

Le décret n° 2026-275 du 15 avril 2026 achève le dispositif issu de la loi Climat et résilience. Pour les communes littorales bretonnes, un outil décisif — et de nouvelles obligations d'instruction.

Plus de 20 % du littoral français est menacé par l'érosion côtière. La loi Climat et résilience du 22 août 2021 avait posé le principe ; l'ordonnance du 6 avril 2022 et ses textes d'application avaient construit l'ossature ; il manquait la clef de voûte financière. C'est chose faite : le décret n° 2026-275 du 15 avril 2026, publié au Journal officiel du 16 avril, fixe les modalités de la consignation exigible pour les constructions nouvelles en zone exposée au recul du trait de côte. Le corpus réglementaire du trait de côte est désormais complet — et directement applicable dans les communes littorales des Côtes-d'Armor inscrites sur la liste nationale.

Le mécanisme : construire aujourd'hui, garantir la démolition de demain

Rappel du dispositif pour les communes figurant sur la liste établie par le décret n° 2022-750 du 29 avril 2022, régulièrement complétée. Ces communes cartographient l'exposition de leur territoire au recul du trait de côte selon deux horizons — 0-30 ans et 30-100 ans — et intègrent ces zones à leurs documents d'urbanisme.

Dans la zone d'exposition à horizon 30-100 ans, les constructions nouvelles ne sont pas interdites. Mais elles sont, par nature, non pérennes : le législateur les a soumises à une obligation de démolition et de remise en état du terrain lorsque le recul du trait de côte l'exigera. Toute la question était de garantir que cette démolition, dans plusieurs décennies, ne reste pas lettre morte — ou ne finisse à la charge du contribuable local si le propriétaire est défaillant.

La réponse est la consignation : le propriétaire consigne auprès de la Caisse des dépôts et consignations une somme correspondant au coût prévisionnel de la démolition et de la remise en état. Cette somme est libérée lors de l'exécution effective des travaux de démolition. À défaut, elle finance leur réalisation.

Ce que précise le décret du 15 avril 2026

Le décret organise la procédure de bout en bout, de l'autorisation de construire jusqu'à la démolition et la remise en état. Trois apports méritent l'attention des services instructeurs.

Le montant est fixé par l'autorisation d'urbanisme. C'est le permis lui-même qui mentionne la somme à consigner, déterminée selon une formule de calcul définie par un arrêté du 15 avril 2026 (article R. 424-6-1 du code de l'urbanisme). Le dossier de demande doit intégrer les éléments permettant ce calcul — ce qui enrichit d'autant le contrôle de complétude.

Le silence de l'administration vaut désormais rejet. Dérogation notable au principe « silence vaut acceptation » : dès lors que l'autorisation doit mentionner le montant à consigner, une décision expresse est indispensable. L'absence de réponse à la demande d'autorisation vaut décision implicite de rejet. Les pétitionnaires — et leurs conseils — devront intégrer cette inversion dans leur stratégie de dépôt.

La Caisse des dépôts est le tiers de confiance. Réception, conservation et libération des fonds relèvent de la CDC, ce qui sécurise le circuit financier sur des horizons de plusieurs décennies.

Pour la commune : une protection budgétaire, mais une instruction sous tension

L'intérêt du dispositif pour les communes littorales est évident : en cas de défaillance du propriétaire au moment où la démolition s'impose, le coût ne pèse plus sur le budget communal. Pour des communes de quelques centaines ou milliers d'habitants confrontées à un bâti littoral vieillissant, c'est une assurance essentielle.

Mais cette protection a une contrepartie : la rigueur de l'instruction. L'oubli de la mention du montant à consigner, une erreur dans son calcul ou une application du dispositif à une zone mal cartographiée fragiliseront l'autorisation délivrée — avec, à la clef, un contentieux d'un genre nouveau mêlant droit de l'urbanisme et technique financière. Les services instructeurs, souvent mutualisés à l'échelle intercommunale, doivent être formés sans délai.

Surtout, le dispositif ne s'active que là où la cartographie existe. Une commune listée qui n'a pas mené à terme sa cartographie locale d'exposition et son intégration au PLU ou au PLUi prive son territoire de l'outil — et continue de porter seule le risque budgétaire des constructions littorales. À l'heure où plusieurs PLUi bretons sont en cours de révision ou d'approbation, la fenêtre d'action est maintenant.

Pour les porteurs de projet : un coût d'entrée à anticiper

Côté pétitionnaires, la consignation modifie l'équation économique des projets en zone 30-100 ans : au coût de construction s'ajoute l'immobilisation, potentiellement longue, d'une somme représentant le coût de démolition. Ce paramètre pèsera sur les arbitrages patrimoniaux, les financements bancaires et, à terme, la valeur des biens concernés. Les notaires, les établissements de crédit et les collectivités cédant du foncier en zone exposée devront intégrer cette donnée dans leurs actes et leurs négociations.

L'anticipation cartographique, vrai levier des communes littorales

Le décret du 15 avril 2026 clôt le chantier réglementaire ; il ouvre le chantier opérationnel. Pour une commune littorale, trois questions structurent l'action : ma commune figure-t-elle sur la liste nationale, et sinon, ai-je intérêt à demander l'inscription ? Ma cartographie locale d'exposition est-elle réalisée, opposable, intégrée à mon document d'urbanisme ? Mes services instructeurs sont-ils en mesure d'appliquer la consignation dès la prochaine demande ?

Le trait de côte reculera avec ou sans anticipation. La différence — juridique, budgétaire, politique — se joue dans les décisions d'urbanisme prises aujourd'hui. Sur le littoral comme ailleurs, le risque naît au moment de la décision.

Le cabinet Bouilland Poilbout Avocats, implanté à Saint-Brieuc, accompagne les communes littorales bretonnes en droit de l'urbanisme, loi Littoral et adaptation au recul du trait de côte.

Références : décret n° 2026-275 du 15 avril 2026 et arrêté du 15 avril 2026 (art. R. 424-6-1 du code de l'urbanisme) ; loi n° 2021-1104 du 22 août 2021, art. 242 et 246 ; ordonnance n° 2022-489 du 6 avril 2022 ; décret n° 2022-750 du 29 avril 2022 (liste des communes).

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Laurent Bouilland, avocat associé
Avocat associé

Laurent Bouilland

Droit public, urbanisme & littoral et commande publique. Il accompagne collectivités et élus, en conseil comme au contentieux.

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