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Commande publique & finances

Le « 1 % artistique » : l'obligation de décoration des constructions publiques

LBLaurent Bouilland·7 août 2026·Mis à jour le 7 août 2026·≈ 4 min de lecture

Trop souvent oublié dans le budget des communes, le « 1 % artistique » n'est pas une faculté mais une obligation légale attachée à certaines constructions publiques — écoles, médiathèques et opérations assimilées.

Votre commune lance la construction d'une école ou d'une médiathèque : le terrain est acquis, l'architecte désigné, le plan de financement bouclé. Reste une ligne que beaucoup de maîtres d'ouvrage découvrent trop tard — l'œuvre d'art qui doit accompagner le bâtiment. C'est le « 1 % artistique », une obligation légale et non une simple faculté, que le ministère de la Culture a rappelée par une circulaire du 3 janvier 2024 destinée à relancer un dispositif trop souvent négligé.

Une obligation, pas une option

Refondu par le décret n° 2002-677 du 29 avril 2002, le 1 % artistique impose au maître d'ouvrage public de consacrer une part du coût d'une construction à la commande ou à l'acquisition d'une ou plusieurs œuvres d'un artiste vivant, conçues pour être intégrées au bâtiment ou à ses abords. Lorsque l'opération y est soumise, l'obligation s'impose au même titre que les autres postes du projet, et l'œuvre entre dans le patrimoine communal.

Quelles opérations sont concernées ?

Pour l'État, le champ est large : construction, extension et réhabilitation entraînant un changement d'affectation. Pour les communes, il est plus étroit : l'obligation ne vaut de plein droit que pour les opérations relevant des compétences transférées par la décentralisation et déjà soumises au 1 % au 23 juillet 1983 — pour l'essentiel les écoles et les bibliothèques. Pour tout autre équipement — mairie, salle culturelle, complexe sportif —, la commune reste libre de l'appliquer volontairement. Le simple entretien courant, lui, n'est jamais concerné.

1 % des travaux, dans la limite de deux millions d'euros

Le montant à provisionner est égal à 1 % du coût prévisionnel des travaux hors taxes, estimé dès la phase d'avant-projet, déduction faite des dépenses de voirie et réseaux divers et du mobilier. Ce montant ne peut excéder 2 000 000 d'euros. Il couvre la rémunération de l'artiste, la réalisation de l'œuvre et son installation, et doit figurer dans l'enveloppe de l'opération dès sa conception — et non après la signature des marchés de travaux.

Le comité artistique, pièce centrale

Le choix de l'artiste n'appartient pas au maître d'œuvre. Dès que le montant atteint 30 000 € HT, un comité artistique doit être réuni lors de l'approbation de l'avant-projet. Présidé par le maître d'ouvrage, il réunit notamment le maître d'œuvre, le directeur régional des affaires culturelles (DRAC), un représentant des utilisateurs et des personnalités qualifiées des arts plastiques, dont au moins un artiste. Après une publicité adaptée, il examine les candidatures et propose un ou plusieurs projets ; le maître d'ouvrage arrête son choix par une décision motivée. En deçà de ce seuil, l'œuvre peut être commandée ou acquise directement, après avis du maître d'œuvre, de l'utilisateur et de la DRAC.

Un marché public à part entière

Depuis le 1er avril 2019, la procédure est codifiée aux articles L. 2172-2 et R. 2172-7 à R. 2172-19 du code de la commande publique. Le 1 % est un véritable marché public : sous les seuils européens, il obéit à une procédure spécifique et allégée ; au-dessus, la procédure formalisée s'applique, le comité artistique restant requis. Les artistes invités à présenter un projet non retenu perçoivent une indemnité, à ne pas oublier dans le budget.

Les écueils les plus fréquents

Le premier est l'oubli pur et simple : une opération non provisionnée fragilise le plan de financement et retarde le chantier. Vient ensuite le mauvais calendrier, lorsque le 1 % n'est envisagé qu'une fois les marchés de travaux attribués. La confusion avec la mission de l'architecte est également fréquente : l'artiste relève d'une procédure distincte. Enfin, une procédure négligée — comité incomplet, absence de la DRAC, publicité insuffisante, indemnités omises — expose le marché à un risque d'annulation, quand le droit moral de l'artiste et l'entretien de l'œuvre engagent durablement la commune.

Ce que la commune doit faire

  • Vérifier, dès l'étude de faisabilité, si l'opération est soumise au 1 % — ou décider de l'appliquer volontairement.
  • Inscrire la ligne « 1 % artistique » dans l'enveloppe prévisionnelle dès l'avant-projet.
  • Associer la DRAC en amont et constituer un comité artistique régulièrement composé.
  • Organiser une publicité adaptée et formaliser le choix de l'artiste par une décision motivée.
  • Sécuriser par contrat la propriété, la cession des droits d'exploitation et les conditions d'entretien de l'œuvre.

Le cabinet Bouilland Poilbout Avocats accompagne les communes dans leurs opérations de construction et la sécurisation de leurs marchés, y compris le 1 % artistique.

Références : décret n° 2002-677 du 29 avril 2002 modifié ; article L. 1616-1 du code général des collectivités territoriales ; articles L. 2172-2 et R. 2172-7 à R. 2172-19 du code de la commande publique ; circulaire du 3 janvier 2024 relative à l'obligation de décoration des constructions publiques.

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Laurent Bouilland, avocat associé
Avocat associé

Laurent Bouilland

Droit public, urbanisme & littoral et commande publique. Il accompagne collectivités et élus, en conseil comme au contentieux.

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